Archives pour la catégorie Litterature

La coureuse des vents

La coureuse des vents est une œuvre romanesque qui nous  raconte une histoire universelle de la condition humaine à partir des contextes locaux et particuliers divers. L’auteur traite dans un style poétique des questions  qui soulèvent  une ancienne et nouvelle problématique dans ses manifestations diverses; dans le rapport de la  culture à la nature qu’il explore et dissèque notamment à partir de la problématique égalité homme-femme, politique-religion, dominant-dominé, homme libre esclave, nomades-sédentaires, Nord-Sud

Le roman pose des questions à propos de ces problématiques à partir des situations particulières de ses personnages. Il donne des pistes de compréhension à travers les expériences des personnages qu’il a créés, sans aucune prétention de sa part de détenir des réponses fermes, catégoriques et indiscutables. Bien au contraire, le récit est dans le mouvement, la remise en question perpétuelle, la vérité malmenée et secouée. Le livre suscite des interrogations et des réflexions déstabilisantes qui, le moins que nous puissions dire, ne laissent pas le lecteur enchaîné à ses zones de confort et à sa seconde nature, l’habitude et la monotonie de la répétition et de la tradition. Il est riche en débats sur des questions fondamentales de l’humain. Il pointe du doit le désastre que la politique des États-nations a causé au vivre ensemble local.

Le lecteur de ce roman ne sortira pas indemne de sa lecture, il y laissera assurément des plumes, ses certitudes seront ébranlées, mais, à coup sûr, il en sortira  gagnant  dans tous les cas de figure; l’aventure romanesque transcende les géographies coutumières à la manière d’un oiseau migrateur pour qui les frontières des « pays des lignes courbes et brisées»[1] ne veulent absolument rien dire. L’histoire s’approprie la terre, toute la terre comme patrie. Tout lecteur qui s’aventure à aller jusqu’à la dernière ligne du livre aboutirait immanquablement à des questions profondes, et vraisemblablement au  doute et à l’inquiétude; il sera malmené par les tumultes de l’expérience humaine qui outrepasse l’espace et le temps en réduisant leur dimension par des mots au service de petites histoires qui mettent en question la légitimité des grands récits. L’auteur s’inspire énormément des études sociologiques et anthropologiques qui tendent à se libérer de l’essentialisme et du culturalisme réducteurs de l’expérience humaine. Pour Louenas Hassani, il n’y a pas de choc des civilisations, il n’y a que «le choc des vérités»[2] pour qui l’Autre doit disparaître ou alors s’effacer. De la civilisation grecque, à la civilisation occidentale, en passant par la civilisation arabo-musulmane, toutes les civilisations humaines s’inter-enrichissent et se complètent.

Par Ali Kaidi (Docteur en philosophie) 

 

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Conférence de M. Boussad Berrichi à Ottawa, le 2 Decembre 2012

L’ACAOH, est heureuse de vous inviter à une conférence débat avec M. Boussad Berrichi, avec pour thème  » Pourquoi faut-il parler et enseigner la langue kabyle-tamazight à nos enfants !? (Stratégies et perspectives)« . La conférence aura lieu Dimanche le 2 Decembre 2012 à 14:00 au Centre Héron. Le numéro de la salle sera indiqué sur place.

BIOGRAPHIE

Boussad Berrichi, né en Kabylie et a  reçu une éducation kabyle classique. Docteur ès Lettres (littératures comparées françaises/francophones). Universitaire-chercheur résidant au Canada. Chercheur au Canada-Mediterranean Centre à l’Université York (Toronto). Chercheur invité de la Fondation Kastler de l’Académie des sciences (France). Ses recherches sont sur : la culture et civilisation amazighes (berbères), l’Afrique du nord, les littératures francophones (Afrique du nord, Canada, Chine, France). Ces récentes recherches portent sur les premières Nations Amazighes/Amérindiennes (Afrique du Nord/Amérique du Nord) et leurs cosmogonies. Il a enseigné en Algérie, en France, puis au Canada. Il a dirigé et publié l’ouvrage collectif pluridisciplinaire international « Tamazgha (Afrique du nord) francophone au féminin » (Séguier, 2010) — préfacé par Hédi Bouraoui, publié avec le soutien du CRSH (Canada) – CELAT (Université Laval) et AUF. Auteur de : « Mouloud Mammeri. Amusnaw » (Séguier, 2009) avec une préface posthume de Pierre Bourdieu et une contribution de Mohammed Arkoun ; – et « Assia Djebar. Une femme, une œuvre, des langues » (Séguier, 2009) préfacé par Mildred Mortimer. Éditeur scientifique des 2 tomes de « Mouloud Mammeri, écrits et paroles » (Alger, éditions du CNRPAH – Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques, en 2008, réédition juin 2010). Il a collaboré à des revues universitaires et ouvrages collectifs avec des articles et contributions inter-pluridisciplinaires. En septembre 2000, il a décroché la Médaille d’Or du Grand Prix international URTI (Université radiophonique et télévisuelle internationale) à Budapest (Hongrie) /Paris (France) pour son émission « Tiggwura Igenwan » (Les Portes du ciel) en langue kabyle/tamazight à la radio kabyle Chaîne 2 (Alger) d’août 1998 à décembre 2000; producteur/présentateur de l’émission bilingue « Idles/Culture » sur Berbère télévision (Paris) en 2004 et 2005. Il a publié son premier article en kabyle-tamazight dans l’hebdomadaire « Tamurt/LePays » en 1994. Depuis les années 1990, il a collaboré à des revues et journaux (presse écrite) (Algérie, France, Canada) avec des articles grand public.

LE SIÈCLE IDENTITAIRE – LA FIN DES ÉTATS POST-COLONIAUX

Siecle Identitaire

Cinquante ans après la décolonisation, les anciens pays colonisés sont toujours dans l’ornière. À de rares exceptions près, ils n’ont su tirer profit de leur indépendance ni sur le plan économique, ni sur le plan politique. Ce ne sont pas les compétences de leurs dirigeants qui sont en cause, mais la nature même de ces États. Coloniaux ils sont nés, coloniaux ils demeureront jusqu’à leur extinction. Et nulle part cette tare originelle n’est aussi visible que ans le rapport qu’il entretiennent avec les peuples qu’ils abritent, devenus dans l’imaginaire colonial des “minorités ethniques” dont aujourd’hui encore l’existence est bafouée. Jusqu’au génocide parfois.

Il est urgent de passer à autre chose. Non pas en exportant, de force, la démocratie, comme ont voulu le faire les Américains en Irak, mais en admettant dans le concert des nations les peuples qui aujourd’hui luttent pour leur indépendance. Les pays issus de la colonisation ont déjà commencé à se disloquer. Ils vont donner naissance à d’autres pays, plus nombreux. On peut s’effrayer de cet émiettement qui, pour les tenants du statu quo géopolitique, va engendrer l’anarchie et le chaos. Pas de panique ! Si un peuple éprouve le besoin de son indépendance, au nom de quoi va-t-on l’en empêcher ?

La Conférence de Mass Ferhat Mhenni à Ottawa

Tanemmirt i Hacemess pour ces videos

LA PENSÉE KABYLE

Younès Adli, écrivain et universitaire, vient de publier son sixième ouvrage. Intitulé, Les efforts de préservation de la pensée kabyle aux XVIIIe et XIXe siècles, cet essai, dont le tome II est en chantier, présente les mécanismes des relations sociales en Kabylie un siècle avant la colonisation.

L’auteur décortique la société kabyle, se basant sur des travaux, des écrits authentiques et des entretiens avec des personnages en haute et en basse Kabylie qui ont un rôle prépondérant dans la préservation de la mémoire collective. Plusieurs aspects de la vie dans cette région d’Algérie ont été examinés par l’auteur : organisation politique, place de la femme dans la communauté et perception de la religion. A travers son travail qui repose sur des standards scientifiques, Younès Adli ambitionne de mettre en valeur la «pensée kabyle si peu connue, et pourtant si typique dans le monde musulman». Tout au long des 254 pages de l’ouvrage, l’auteur développe les résultats de ses recherches concernant la pensée kabyle, qui, selon lui, est portée par des hommes de culte, tels que Houcine El Warthilani (1710-1779), qui ont défendu la sainteté locale de l’Islam aux dépens de l’hégémonie des prédicateurs  orientaux.

Outre l’adaptation de la pratique religieuse aux réalités sociologiques de la Kabylie, l’auteur de l’ouvrage consacre une partie consistante à l’organisation sociale et politique, le droit coutumier et la question de la déshérence de la femme qui provoque d’âpres débats au sein des sociologues et des féministes. Younès Adli explique que la femme n’hérite pas la terre. Cette pratique, explique-t-il, était dans un souci de préserver l’identité kabyle qui faisait face aux coups de boutoir des Turcs, notamment Mohamed Eddebah (l’égorgeur), caïd du Sébaou (vallée de Tizi Ouzou). L’intérêt de cet ouvrage, il le doit surtout aux explorations multiformes que son auteur a fait dans la société, objet de l’étude. «Sur le plan sociopolitique, la Kabylie était parvenue à se donner la possibilité d’une gouvernance sans Etat. Cette organisation politique était accompagnée d’un système législatif élaboré au niveau de chaque microcosme villageois, et qui a permis aux djemaâs de se doter d’un pouvoir et d’une puissance civile et morale, plutôt que militaire et répressive.»  Un livre à lire !
Macahu entre les lignes avec younes adli

MOULOUD FERAOUN : LA MORT D’UNE ÉTOILE

Né le 08 Mars 1912 à Tizi-Hibel, un village kabyle des Ait-Douala, le regretté Mouloud FERAOUN a été assassiné le 15 Mars 1962 en compagnie de cinq de ses collègues de l’Inspection des Centres sociaux à El-Biar à alger par la sinistre organisation dénommée O. A. S.
Cette dernière sentant l’indépendance de l’algérie proche proçèdera à une vaste campagne de terreur. Des centaines d’algériens seront tués. La mort de Mouloud FERAOUN, l’un des grands écrivains que l’Algérie n’avait connu s’était d’ailleurs produite quatre jours avant le cessez-vous conclu entre les révolutionnaires du F. L. N et la France.

En 1932, il obtiendra avec succès le concours d’entrée à l’Ecole Normale de Bouzaréah. Par tirage au sort (code de l’indigénat), il sera éxempte du service militaire et ce en 1934. Une année plus tard, il sera instituteur à l’Ecole primaire de Taourirt Moussa (le village du regrétté MATOUB Lounès, le chanteur kabyle engagé assassiné par les islamistes du GSPC de Hassane HATTAB le 28 Juin 1998). Ce n’est qu’en 1949 qu’il connaîtra… Paris !

En 1950, il éditera aux éditions Cahiers Nouvel humanisme « Le fils du pauvre ». En 1951, Mouloud FERAOUN écrira ce qui suit à Albert CAMUS : « l’hiver dernier j’avais demandé à Pierre MARTIN du SCI de vous faire parvenir un exemplaire du fils du pauvre. Lui aussipouvait me communiquer votre adresse. Néammoins je n’avais pas osé vous écrire.  »

En 1953, le prix populiste sera déçerné à cet éminent écrivain kabyle d’expression française pour son éxcellent ouvrage intitulé « la terre et le sang ». Il (Mouloud FERAOUN) entamera son journal en 1955 et fût nommé en 1957 Directeur
de l’Ecole « Nador » de Clos-Salembier (Alger). La même année, il mettra sur le marché, un ouvrage, « les chemins qui montent » édité par « Le seuil ».

Il sera enfin nommé Inspecteur des Centres sociaux d’El-Biar (Alger). Homme intègre, il rejettera la violence, une violence qui le ravira aux siens. De nos jours, il reste l’écrivain algérien le plus lu ! Ses romans sont d’ailleurs traduits en plusieurs langues (Anglais aux U. S. A, russe, arabe, berbère…).

Le fils du pauvre

Rédigé en 1939, il le publiera à titre d’auteur en 1950 et sera réédité par « Le seuil » en 1954. Il aura un retentissant succès. Dans ce livre, il narrera le quotidien difficile de l’enfant kabyle habitant les montagnes. Il opposera à cette rudesse naturelle les interdits nés coutumes ancestrales. Il rappellera que face aux déboires, l’homme kabyle était obligé d’aller loin afin de subvenir aux besoins de sa famille. Il insistera que l’enfant kabyle était déterminé à réussir dans ses études.

La terre et le sang, les chemins qui montent

Il relèvera le quotidien du kabyle en France et au pays. Outre la vie sentimentale, il expliquera la situation du village. Dans le premier ouvrage, la terre et le sang, il évoquera le problème de la religion. La femme du personnage principale est une kabyle chrétienne (une forte communauté chrétienne kabyle éxiste encore de nos jours et l’on assiste à une vague d’évangélisation sans préçédent dans cette région berbèrophone d’Algérie). Une histoire d’un amour impossible entre Amar et Chabha…
Ce récit aura sa suite dans le deuxième livre (les chemins qui montent) qui racontera cette fois-ci un fort sentiment éxistant entre le fils d’Amar et Dahbia. Alors qu’il venait de déçider de prendre comme épouse Dahbia, Amer découvrira qu’elle n’était pas vierge. Avant de se suiçider il aura cette réflexion : « dieu m’est témoin que j’était sinçère, prêt à lui donner mon affection, ma vie, j’étais heureux que mille projets se formaient dans ma tête, que tout me paraissait limpide, que je découvrai tout d’un coup pourquoi j’étais là à Ighil-Nezmane, pourquoi j’étais seul, pourquoi j’avais vingt cinq ans, pourquoi j’étais beau, fort et tendre. Tout celà c’était pour Dahbia ».

Le journal

Ce livre de 350 pages relatait la guerre d’Algérie, les assassinats, attentats commis. Il rejetait la violence d’où elle émanait. Ceci lui vaudra les foudres des révolutionnaires et des colons français. Dans ce livre il nous laissera une phrase qui vaudra plus tard son pesant d’or :
« Vos ennemis de demain seront pires que ceux d’aujourd’hui ». Mouloud FERAOUN n’a pas eu tord en effet. Toutefois, dans l’une de ses correspondances il n’hésitera pas à critiquer les prises de position de son ami Albert CAMUS.

Mohand ou Yahia (Mohia), dramaturge et poète

Auteur prolifique, militant déterminé, humaniste à une culture immense, Mohand Ouyahia (de son vrai nom Abdellah Mohia ) est méconnu du public algérien. Même son auditoire naturel, le public kabyle dans son écrasante majorité, ne le connaît pas.

Sa perception des choses de la vie a fait qu’il évitait les journalistes. Avant sa disparition, le 7 décembre dernier, dans un hôpital parisien, il n’avait accordé qu’un seul entretien à la revue clandestine Tafsut (le printemps) et ce, au milieu des années 1980. Après son décès, les titres de la presse nationale n’ont pu publier qu’une seule photo de lui, et de profil. Rares sont les jeunes générations de journalistes qui l’ont connu. Aussi, écrire sur Mohand Ouyahia n’apparaît pas comme une simple besogne. L’essentiel des sources écrites est conséquemment limité au site Internet de l’association Tamazgha établie en France qui a reprodui, avant même la mort de Mohand Ouyahia in extenso, l’interview parue dans Tafsut en 1985. Pour n’avoir pas connu une consécration populaire, c’étaient plutôt des étudiants, des cadres, des universitaires, des hommes de culture, des militants associatifs et politiques qui, dans leur majorité, ont tenu à rendre hommage à cet enfant du village d’Aït Arbah (Iboudrarene, Tizi Ouzou), lors de l’exposition de la dépouille à la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou, lundi dernier. Mohand Ouyahia avait 54 ans. Ceux qui l’ont connu le plus étaient, entre autres, les jeunes qui avaient 20 ans dans les années 1980, qui s’échangeaient ses cassettes audio, utilisées comme support médiatique pour la diffusion de ses monologues. Les auditeurs adoraient son extraordinaire talent de conteur et appréciaient intensément l’originalité de ce créateur hors pair ; des textes incisifs et simples mettant en scène des situations loufoques, transformant en absurdité l’autoritarisme, l’ostracisme et le nihilisme, catalogués dans le registre des bêtises humaines. Ses produits étaient de merveilleux moments de bonheur pour un public sevré de liberté d’expression, écrasé par l’oppression d’un régime militariste. Il tournait en dérision et ridiculisait l’ordre établi, désacralisant le fait politique.

La dérision, l’ultime arme contre l’oppression

Bien que discret et modeste de son vivant, Mohand Ouyahia n’est pas mort dans l’anonymat. Bien au contraire, de plus en plus, des personnes découvrent sa grandeur. Ceux qui l’ont connu témoignent. L’un des plus grands poètes algériens, Lounis Aït Menguellet, déclare : « Je l’ai connu en 1974 en France. Il était militant dans l’Académie berbère. Sa disparition aujourd’hui est une immense perte pour la culture algérienne, notamment kabyle. En fait, beaucoup ne connaissent pas ses créations et ses talents et de ce fait ignorent ce qu’il aurait pu donner à notre culture, car il était encore jeune. » A 30 ans, il était déjà un immense créateur. Certains de ses poèmes ont été repris par Idir et Ferhat Imazighen Imoula, notamment Tahia Briziden et Ah ya din kessam. Mais, Mohand Ouyahia était surtout connu pour ses adaptations de pièces de théâtre, tirées des œuvres des monuments universels de la littérature, tels l’Allemand Bertolt Brecht, le Français Molière, l’Anglais Samuel Becket, le Chinois Lou Sin, etc. Bien que diplômé en mathématiques, Mohand Ouyahia s’est découvert une âme littéraire, une sensibilité artistique. Dans la revue Tafsut il raconte son parcours : « J’ai connu deux périodes assez distinctes : la première s’étendait de 1974 jusqu’à 1980, et la seconde de 1982 jusqu’à aujourd’hui (1985, ndlr). Une vision simpliste semble dominer la première période. Selon cette vision, ce serait dans les agressions en provenance de l’extérieur que se situerait l’origine de tous nos maux ; les totalitarismes d’aujourd’hui ne faisant ainsi que remplacer le colonialisme d’hier. D’où, il découle que je me faisais peut-être une trop haute idée des petites gens de chez nous, en qui je voyais les victimes innocentes de l’appétit des grands de ce monde (…). Je me rendais bien compte qu’au moment où leurs propres intérêts sont touchés, ceux-ci se comportent bel et bien comme ceux-là ». Dans ce sens, Mohand Ouyahia développe une perception similaire à celle des plus grands auteurs africains, tels que Kateb Yacine, le Kényan James Ngugi ou le Nigérian Wole Soyinka, dans les œuvres desquels on retrouve trois repères : lutte pour la libération, dénonciation des régimes post-indépendance et critique de sa propre société. Dans la deuxième partie de sa carrière, Mohand Ouyahia explique : « C’est nous-mêmes surtout qui sommes responsables de nos déboires. Et, j’essaies partant de là, de lever le voile sur nos faiblesses, tout au moins les plus criantes, car si nous ne les localisons pas, comment pourrions-nous un jour les surmonter. »

La reconnaissance d’Aït Menguellet

Selon Lounis Aït Menguellet, Mohand Ouyahia disait sans calcul tout ce qu’il pensait et ne faisait pas de concessions. Il avait une aversion pour les gens qui instrumentalisent la question amazighe. Lui, il travaillait beaucoup, essayait d’apporter des choses tout en restant dans l’ombre. Ainsi, ceux qu’il appelait « les brobros » (berbéristes de façade) disaient qu’il était un solitaire, un marginal. Certains avouent ne pas saisir ses pensées et ses visions, lorsqu’il dit : « Nous sortons à peine du moyen Age, par conséquent, notre culture traditionnelle est, à bien des égards, encore une culture moyenâgeuse, donc inopérante dans le monde d’aujourd’hui. Et, d’aucuns veulent encore nous ramener au temps de Massinissa. » Ainsi, explique-t-il les raisons des adaptations des auteurs contemporains, en relevant : « La chose au demeurant ne peut que nous aider à faire l’économie de certaines erreurs, quand il se trouve que celles-ci ont déjà été commises par ces autres hommes. Cela revient assurément aussi à compléter, sinon à remplacer nos vieilles références culturelles par d’autres références moins désuètes ». A ce propos, le poète Ben Mohamed, dans un témoignage publié lundi par le quotidien Liberté, écrit : « (…) C’est ce Mohia qui refusait de réduire la berbérité à la seule exhibition du signe Z de amazigh ou du seul salut par azul. Pour lui, la berbérité est un art de vivre selon un certain nombre de valeurs. Comme il faisait une lucide distinction entre valeurs et traditions, entre militantisme et manipulation, il réagissait de manière parfois violente contre toute forme de suivisme irrefléchi. Ce qui déroutait beaucoup de nos militants berbéristes exaltés. En fait, toute la vie et l’œuvre de Mohia ont consisté à démystifier et démythifier. » Evoquant les adaptations magistralement réussies de Mohand Ouyahia, Ben Mohamed écrit encore : « Le génie de Mohia est de nous amener à oublier que ses œuvres sont des adaptations. Sous sa plume, elles passent allègrement pour des œuvres kabyles authentiques. Parfois, on se laisse aller jusqu’à croire que leurs auteurs nous ont spoliés de nos œuvres. » Sur le plan linguistique, Mohand Ouyahia partage le même point de vue que Kateb Yacine.

Un défendeur acharné de la tradition

Un défenseur acharné et un chantre du développement d’une tradition littéraire en langues populaires ; tamazight et l’arabe algérien. La marginalisation de la culture populaire l’avait interpellée mais, pour lui, il fallait renouveler les expériences et procéder par étape. Les textes de Mohand Ouyahia étaient écrits en kabyle ; c’était pour lui un acte militant et une nécessité sociologique : « Dans l’Algérie d’aujourd’hui, on constate premièrement qu’en dépit de toutes les vicissitudes de l’histoire, la sensibilité de la langue maternelle est peut-être plus vive qu’elle ne l’a jamais été. Deuxièmement, pour la majorité des Algériens, la langue maternelle est toujours, quoi qu’on dise, la langue la mieux maîtrisée. » Cette hauteur de vue sur le fait sociolinguistique de l’Algérie illustre, si besoin est , la perspicacité de son auteur, les projections dans l’avenir, mais aussi l’inébranlable attachement à la culture populaire, dont les langues vernaculaires sont le socle. « Si on veut être compris de la majorité, on ne peut que s’exprimer dans nos langues vernaculaires, c’est-à-dire le berbère et l’arabe populaire. » Pour lui, une vie culturelle féconde et digne « dépend en premier lieu des efforts que fournit chacun d’entre nous pour se réapproprier sa langue maternelle ». Mais il relèvera, avec une certaine amertume, grisé par ses innombrables expériences que « l’avenir ne dépend pas de ce que fait un individu en particulier mais bien de la conjugaison des efforts de tous. Or, il faut bien dire que ces efforts, aujourd’hui, sont pour le moins trop inégaux. Ce qui fait que nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge ». Ces propos qui étaient tenus en 1985 sont toujours d’actualité. Ceux parmi ses amis qui le rencontraient ces dernières années rapportent qu’il était profondément déçu par des ingratitudes exprimées par ceux-là même, avec qui il partageait l’histoire et l’avenir, croyait-il. Ceux qui l’ont bien connu partagent le même avis sur lui ; quand certains se sont enrichis de tamazight en privilégiant l’accessoire, lui l’a enrichie en allant à l’essentiel. Mohand Ouyahia était rongé par des déceptions incalculables et emporté par une maladie incurable. Dernièrement, il travaillait sur une œuvre de Platon. Une voie vers le savoir, utile pour les jeunes , disait-il. Mohand Ouyahia est mort la même année où une partie de son œuvre est entrée dans un manuel scolaire de son pays. Les élèves liront ses contes. Amachahu commence. Mohand Ouyahia est dans le ciel, dans la postérité.

Parcours

C’est au début des années 1970 que Mohia étudiant découvre Mouloud Mammeri et ses recherches sur la langue berbère. Une fois à Paris pour poursuivre ses études de mathématiques, il rejoint l’Académie berbère fondée par feu Bessaoud Mohand Arab, où il se lance réellement dans le combat identitaire. A la même époque, il entame vraiment sa carrière de dramaturge, par des traductions de pièces de théatre. La génération de militants berbères de l’époque découvre alors le talent de Mohia. Il ne se limite pas au théatre et traduit des poèmes de Boris Vian, de Nazim Hikmet et autres. Il écrit aussi des chansons devenues de véritables hymnes à la démocratie et aux libertés. Mais en dehors des chansons chantées par Ferhat, Ideflawen, Malika Domrane et quelques pièces de théatre jouées par des troupes généralement amateurs, ses œuvres restent inconnues du grand public. Quelques-unes ayant fait l’objet d’enregistrement audio ou vidéo étaient distribuées sous le manteau en Kabylie par des émigrés qui les ont ramenés de France. Toute sa vie, Mohia est resté modeste, simple, mais son génie était immense. De toutes les pièces écrites ou traduites, une quarantaine, on peut citer : Si Pertuff, traduction de la pièce « Tartuffe » de Molière, Muhend Ucaban adaptation de « Le ressuscité » de Lu Sin ou alors Am win Yettrajun Rebbi tarduction de la pièce de Bekett « En attendant Godot ». Durant plus de trente ans, Mohia n’a eu besoin ni de télé ni de radio pour se faire connaître. Son génie était suffisant. Il serait peut-être utile aujourd’hui que son œuvre ne reste pas méconnu et que ceux qui en ont la capacité ou les moyens mettent à la disposition du public les chefs-d’œuvre de Mohia.

 

Saïd Gada

ElWatan.com

La littérature kabyle

La littérature kabyle ancienne était une littérature essentiellement orale ; intimement liée à la vie sociale, elle se ramifiait en plusieurs genres : la poésie, le conte, les chants de travail (chants des travaux agricoles, chants de la meule…), chants rituels, proverbes, devinettes, comptines…
Parmi ces genres d’inégale importance, la première place revenait à la poésie. Une part non négligeable de cette production poétique était villageoise et anonyme mais cette poésie pouvait aussi être l’œuvre de poètes reconnus (af?i?, if?i?en) comme Youcef ou Kaci (Yusef u Qasi). Outre ces poètes créateurs, existaient des poètes transmetteurs (amedda?, imedda?en) ; ceux-ci faisaient circuler des répertoires qu’ils avaient mémorisés de village en village, de tribu en tribu. Avant la conquête française, ces poètes quel que soit leur statut étaient des poètes itinérants.
A l’intérieur de ce genre dominant qu’était la poésie, on pouvait distinguer deux sous-champs :
– La poésie religieuse comprenait un répertoire probablement très ancien de long poèmes (taqsi?, tiqsi?in) évoquant des personnages bibliques (Abraham, Moïse, Joseph, Job…) et de l’Islam (le prophète Mohamed mais aussi et surtout Ali) – (Cf. Mammeri, 1980). A ce répertoire, s’ajoutait une veine de poèmes édifiants (ddker, de l’arabe dikr :  » évocation du nom de Dieu »). Ces longs poèmes hagiographiques sont encore vivants dans la mémoire, en particulier dans les milieux religieux ; quant aux poèmes édifiants, ils constituent une veine très abondante, alimentée par des producteurs le plus souvent anonymes. Dans certains villages, ces poèmes sont encore régulièrement chantés par des chœurs féminins et masculins lors des veillées funèbres.
– La poésie profane présentait une thématique très diversifiée : référence au code de l’honneur, aux valeurs guerrières, poésie satirique, gnomique ; la poésie lyrique, bien qu’elle ait constitué une veine très productive, n’accédait que difficilement à l’espace public.

La conquête française et les profonds bouleversements qu’elle entraîna (violence de la conquête militaire, déstructuration du tissu tribal, important mouvement migratoire vers les villes algériennes et vers la France) eurent des incidences très nettes sur le champ de la littérature : certains genres, sans avoir totalement disparus se sont essoufflés ; c’est le cas du conte, des chants rituels, proverbes, comptines. Ces genres, bien qu’ils soient encore vivants, sont aujourd’hui très peu productifs. En réalité dans ces profonds bouleversements, seule la poésie a réellement survécu ; elle a réussi à traduire aussi bien la violence du choc colonial que les profondes mutations qui s’ensuivirent. Les Poésies populaires de la Kabylie du Jurjura collectées par Hanoteau (1867) sont une véritable chronique de la conquête vue par les Kabyles ; quant à Si Mohand, le poète errant, il rendit compte avec fidélité de la période qui fut perçue par les Kabyles comme la fin d’un monde.

Enfin, une des conséquences indirectes de la conquête française fut l’appropriation de l’écrit par les élites autochtones formées à l’école ; cette appropriation donna naissance à une littérature écrite. L’émergence de cette littérature fut un processus long et complexe : entre la Méthode de langue kabyle de Saïd Boulifa en 1913 et le premier roman – Asfel de Rachid Aliche – paru en 1981, près de 70 ans se sont écoulés. Les premiers instituteurs, comme Boulifa, Ben Sedira…, avaient produit à l’écrit des textes ethnographiques ; ils avaient aussi fixé des textes de littérature orale (ce fut le cas des poèmes de Si Mohand collectés et publiés par Boulifa), mais ils n’avaient pas produit des textes littéraires.

Le premier auteur de textes littéraires écrits fut Belaïd Aït Ali ; celui-ci, mort prématurément à 39 ans en 1950, fut l’auteur d’un seul ouvrage que le Fichier de Documentation Berbère (Fdb) publia en 1962 sous le titre : Les cahiers de Belaïd ou la Kabylie d’antan. Cet ouvrage est en réalité un recueil de poèmes (isefra), de contes (timucuha) et de « nouvelles » (amexlu?). Les textes figurant sous la rubrique amexlu? (mélanges) s’apparenteraient à ce que l’on pourrait appeler des scènes de la vie quotidienne en Kabylie, une version anticipée et écrite en kabyle de Jours de Kabylie de Mouloud Feraoun. Amexlu? signifie ²mélange² d’éléments divers ; la difficulté d’une dénomination précise rend bien compte du caractère nouveau de ce genre, c’est pourtant ce genre difficile à dénommer qui préfigure ce que seront les nouvelles formes de production littéraire écrite. Analysant cette situation de transmission, Paulette Galand-Pernet écrira en 1973 : « Ce que prouvent Boulifa et Belaïd Aït Ali, c’est qu’une œuvre de longue haleine est possible. Si l’on n’a encore vu paraître aucun roman en berbère, cela tient à des raisons économiques et sociales et non à un manque de moyens littéraires » (Galand-Pernet 1973 : 318).

C’est le début des années 1970 qui constitue un véritable tournant pour la littérature kabyle qu’elle soit orale ou écrite. La néo-chanson s’est imposée avec des noms comme Idir, Aït-Manguellet, Ferhat, Matoub Lounès, le groupe Djurdjura… Il s’agit de chansons à textes ; à la différence des poètes traditionnels, les auteurs contemporains écrivent leurs poèmes et la langue de cette poésie moderne tout en réactivant des archaïsmes, des métaphores et des motifs anciens, puise à des degrés divers dans la néologie.

Pour la littérature écrite, la tendance qui consiste à produire dans la langue et non pas seulement à y fixer des textes oraux devient irréversible, étendant ainsi l’écrit à des domaines tout à fait nouveaux : littérature, production de lexiques spécialisés (mathématiques, informatique, linguistique, histoire…), traduction, presse. De tous ces champs investis par l’écrit moderne, le champ de la littérature est sans contexte le plus important. C’est la néo-littérature qui a servi et qui sert encore de laboratoire à cette langue en gestation. Dans ce champ littéraire complètement renouvelé depuis le début des années 1970, on notera la traduction d’œuvres algériennes (Kateb, Feraoun), étrangères (Brecht, Beckett, Molière), la naissance de genres littéraires nouveaux tels que le théâtre, la nouvelle, le roman.

Le théâtre est lié au nom de Mohand-ou-Yahia qui fit œuvre de pionnier à partir du début des années 1970 par ses traductions-adaptations d’œuvres de Brecht, Kateb, Molière, etc. Avec la chanson le théâtre constitue un véritable pont entre l’écriture et l’oralité.
A la même période, en 1981, Asfel de Rachid Aliche annonce la naissance du genre romanesque.

C’est dans la littérature écrite que la langue est investie comme un véritable laboratoire. Cette langue, dans laquelle s’expriment de profondes fractures et une ultime lutte pour la survie, est en même temps malmenée et jalousement préservée. Cette langue est en effet traversée par une profonde dynamique qui touche d’abord le lexique par l’intégration importante de néologismes et à un degré moindre la syntaxe : l’interférence avec la syntaxe du français constitue une tendance lourde pour le kabyle écrit en général ; sans échapper totalement à cette tendance, la langue de la néo-littérature est relativement épargnée quant à la prégnance des calques syntaxiques.

Sur le plan du contenu, un thème majeur traverse comme une lame de fond l’ensemble de cette néo-littérature qu’elle soit orale ou écrite : il s’agit de la contestation politique et de la quête identitaire. La poésie de ces trente dernières années, aussi bien que la production romanesque porte une « charge » de contestation d’une rare virulence à l’égard de l’Etat. La thématique de la contestation n’est pas née ex nihilo : le thème de la résistance a toujours été fortement présent dans la poésie kabyle (Cf. Benbrahim 1982 ; Chaker 1989) ; le lien entre poésie et résistance était si nettement perçu pendant la période coloniale que la circulation des poètes était très sévèrement surveillée après l’insurrection de 1871. La fronde contestataire des poètes contemporains est dirigée contre l’Etat algérien en raison du déni identitaire. C’est dans ce contexte que la quête identitaire occupe une place prépondérante : cette quête, rendue par des moyens différents, est omniprésente dans les romans de Rachid Aliche, de Saïd Sadi, de Amar Mezdad ; elle peut revêtir dans un roman comme Asfel (R. Aliche, 1981) des formes pathétiques.
Un autre thème lié aux deux précédents sous-tend en particulier la production romanesque, il s’agit du thème de l’éclatement : à l’image de la culture à laquelle ils appartiennent, les héros de ces romans sont des hommes en crise dans une situation de crise. Cet éclatement, symbolisé dans les romans d’Aliche par l’image de l’amphore brisée, fait mener les héros jusqu’au suicide. Dans le roman d’Amar Mezdad, i? d wass (Mezdad 1990), c’est la frêle silhouette de la vieille mère qui assure le lien entre hier et aujourd’hui, le village et la ville, c’est elle qui assure la permanence entre ces profondes fractures, évitant ainsi l’éclatement.
Cette thématique, bien que très actuelle, prend solidement ancrage dans la symbolique berbère. C’est cette capacité de se projeter dans l’avenir sans se déraciner qui fait l’originalité de la littérature kabyle aujourd’hui.

Bibliographie

Aït Ali (Belaïd), 1962 : « Les cahiers de Belaïd ou la Kabylie d’antan » in Fichier de Documentation Berbère (Fdb).
Aliche R., 1981 : Asfel (roman), Mussidan, Lyon.
Aliche R., 1986 : Faffa (roman), Mussidan, Lyon.
Basset H., 1920 : Essai sur la littérature des Berbères, Carbonnel, Alger.
Benbrahim-Benhamadouche M., 1982 : La poésie populaire kabyle et la résistance à la colonisation de 1830 à 1962, Paris, Ecole Des Hautes Etudes en Sciences Sociales (Ehess) ; Thèse de Doctorat sous la direction de Camille Lacoste-Dujardin.
Boulifa (Si Amar ou Saïd), 1913 : Méthode de langue kabyle (2ème année) étude linguistique et sociologique sur la Kabylie du Djurdjura, Jourdan, Alger.
Bounfour A., 1999 : Introduction à la littérature berbère I : la poésie, Peeters, Paris – Louvain.
Chaker S., 1982 : « Structures formelles de la poésie kabyle » in Actes de la table ronde « Littérature orale« , Crape – Opu, Alger.
Chaker S., 1987 : « Documents sur les précurseurs. Deux instituteurs kabyles : Si Amar ou Saïd Boulifa et M. A Lechani » in Romm, 44, p. 97-115.Edisud, Aix-en-Provence (sous la direction de Salem Chaker).
Chaker S., 1989 : « Une tradition de résistance et de lutte : la poésie berbère kabyle. Un parcours poétique » in Rmmm, 51, p : 11-31. .Edisud, Aix-en-Provence (sous la direction de Salem Chaker).
Chaker S., 2001 : « Boulifa Si Amar ou Saïd (1865-1931) : le grand précurseur berbérisant » in Hommes et Femmes de Kabylie, p : 119-123 . Edisud, Aix-en-ProvenceIna-yas, Alger.
Galand-Pernet P., 1973 : « Tradition et modernité dans les littératures berbères » in Actes du Premier Colloque des Cultures Méditerranéennes d’Influence Arabo-Berbère, Sned, Alger.
Galand-Pernet P., 1998 : Littératures berbères. Des voix. Des lettres, Presses Universitaires de France (Puf), Paris.
Hanoteau A., 1867 : Poésies populaires de la Kabylie du Jurjura, Imprimerie Impériale, Paris.
Lacoste-Dujardin C., 1970 : Le conte kabyle. Etude ethnologique. Maspéro, Paris.
Mammeri M., 1969 : Les Isefra, poèmes de Si Mohand ou Mhand, Maspéro, Paris.
Mammeri M., 1980 : Poèmes kabyles anciens, Maspéro, Paris.
Mammeri M., 1990 : Inna-yas Ccix Mu?end, Cheikh Mohand a dit, édition Inna-yas, Alger.
Merolla D., 1997 : Gender and Community i the kabyle literary space. Research School, Cnws, Leiden.
Mezdad A., 1990 : I? d wass (roman), édition Asalu – Azar, Alger.
Mezdad A., 2000 : Tagrest ur?u (roman), édition Ayamun, Béjaïa.
Sadi S., 1983 : Askuti (roman), Imedyazen, Paris.
Yacine-Titouh T., 1988 : L’izli ou l’amour chanté en kabyle, Maison des Sciences de l’Homme (Msh), Paris.
Yacine-Titouh T., 1989 : Aït-Manguellat chante, La Découverte – Awal, Paris.
Zenia S., 1995 : Tafrara Aurore (roman), L’Harmattan – Awal , Paris.
* [Extrait de Encyclopédie berbère, XXVI, 2004]

Source: Inalco (consulté le 02 janvier 2007)

par Dahbia ABROUS, Maître-Assistante à l’Université de Bougie

Ass-nni de Amar Mezdad

Ass-nni est le titre du nouveau roman de Amar Mezdad, venu achalander un peu plus la petite bibliothèque berbère. La trame se situe dans les années 90 à cette époque charnière de notre histoire récente qui a vu le pays avorter de l’espérance démocratique et accoucher d’une tragédie. Mohand Ameziane est un homme comme il en existe tant en Kabylie : ordinaire et à la vie sans sailles. Sa mère languit dans l’attente du retour d’un autre de ses fils parti au Canada. La maladie, thématique toujours présente dans l’œuvre de Mezdad, lui-même médecin de formation, la ronge tandis que le destin refuse de lui sourire en donnant une postérité à Mohand Améziane. Cette bru qui n’enfante pas devient la cible toute désignée de ses allusions désagréables. Celle-ci encaisse sans broncher, comme toute belle-fille de bonne famille.Ce personnage de la mère permet de passer en revue une somme de croyances et une représentation du monde, marquée par les mythes et les fétichismes, propres à la société kabyle. Des croyances en disparition que le roman de Mezdad consigne ainsi pour les générations futures.Comme tous les créateurs romanesques de langue kabyle, Amar Mezdad semble écrire tout en songeant à la destination de son œuvre. Celle-ci se ressent d’un certain souci pragmatique et hésite à s’offrir le luxe de la “gratuité”. Pensant sans doute aux potaches, Amar Mezdad a abouti à une forme de roman documentaire : le livre est une succession de tableaux plus ou moins indépendants, les chapitres se déploient dans une relative autonomie de façon à pouvoir servir pour des textes choisis de manuels scolaires. D’autres s’intercalent comme des avenants qui éclairent simplement sur des situations fortes ou sur des enseignements moraux, comme cette parabole de ce roi en quête de rajeunissement. Le roman décrit un écoulement des jours plutôt tranquilles mais charrie une ambiance de précarité et d’inquiétude. Il n’y a pas à proprement parler d’intrigue. Nous sommes dans l’ère des files d’attentes, dans ces usines tournant en pures pertes où les travailleurs gravissent la hiérarchie au hasard des clientélismes, à cet époque où l’Etat dotait de cheptel des villageois qui en détournaient l’usage, de cette jeunesse qui fuit un pays peu respirable pour des horizons d’Eldorado. Le roman zoome sur la quotidienneté algéroise faite de promiscuité et de mal-vie et introduit un jeune personnage qui revient au bled pour s’embarquer dans l’aventure du terrorisme islamiste.Après Id d wass (1990) et Adfel Urghu (2000), Amar Mezdad signe ainsi son troisième roman. Et c’est comme toujours un grand événement dans le petit landernau de la littérature kabyle.

M. Bessa

Depechedekabylie.com